Scarifications et tatouages, les signes d'une expression identitaire et artistique du continent africain
- Marie-Belle Kambila

- 19 févr. 2024
- 4 min de lecture
Depuis des siècles, les scarifications et les tatouages sont une partie importante de l’identité culturel de beaucoup de peuples du continent africain. Titres de citoyennetés ils marquent l'appartenance sociale et spirituelles, ceux-ci permettent de reconnaître les membres de son clan. Des recherchent démontrent que ces marques furent également une manière de contourner l’esclavage, à partir du XVIe siècle, les négriers se détournaient des personnes portant des marques sur le visage et sur le corps.

Une pratique ancestrale
Rite de passage, qui s'inscrit dans un rituel symbolique, les scarifications sont généralement accompagnées d’une cérémonie. Leurs significations sont multiples : appartenance à un clan, croyance en une divinité, appartenance à une classe sociale, ou encore symbole du franchissement d’une étape de vie.
Étant souvent associée à une pratique primitive la scarification reste pourtant une héritage important. Cette pratique consiste à effectuer une incision superficielle de la peau, dont la guérison est volontairement retardée dans le but d’obtenir des cicatrices en relief ou en creux. Les entailles sont faites avec un instrument tranchant comme un couteau, un morceau de verre ou une coquille de noix de coco de manière à contrôler la forme des cicatrices sur le corps. Les blessures, une fois guéries, forment des cicatrices en relief, appelées chéloïdes, saillantes (renflé) et déprimées (en creux).
Trois fondements qui motivent les scarifications:
Elle est irrévocable: “scelle” durablement le lien qui unit l’individu à son clan
Elle est suppliciante: offre l’occasion de faire preuve de courage
Elle est esthétique: rend l’individu plus désirable
Les peaux noires qui possèdent une propension naturelle à cicatriser en relief (chéloïdes) produisent des cicatrices dont les techniques traditionnelles africaines savent maîtriser l’évolution, pour obtenir des résultats souvent impressionnants. L’existence des scarifications remonte à la préhistoire comme en témoigne leur présence dans l’art rupestre saharien. L’artisanat de l’Égypte antique représentent parfois des visages portant des incisions sur leurs joues ou sur le front. Certains textes gréco-romaine en font même mention. Dans le Satiricon, Pétrone, écrivain romain, décrit "les Noirs comme portant des cicatrices tailladées sur le front."
Un marqueur d’identité
Les scarifications ont permis dans un premier temps d’identifier les membres de son clan notamment lors des guerres, ainsi que les morts afin qu’ils puissent recevoir les rites funéraires appropriés. Lors de la construction des grands royaumes, les rois d’Afrique, qui menaient des conquêtes territoriales importantes, ont commencé à scarifier certains membres de leurs familles sélectionnés pour régner sur certains territoires. S'ils retrouvaient de nouveau sur ces terres, ils pouvaient se rappeler, à la vue des scarifications, qu’ils avaient déjà conquis ce territoire la.

Lors de la traite négrière, les scarifications étaient réalisées par certains peuples pour permettre à leurs descendants « de se reconnaître entre eux et de se souvenir de leurs origines lorsqu’ils se retrouveront loin de leurs terres » comme rapporté par les auteurs nigérians Olu Daramola et Adebayo Jeje. Elles ont également utilisées pour éviter la mise en esclavage à partir du XVIe siècle. Au Bénin, des récentes découvertes ont confirmé que certaines tribus scarifiaient leurs membres pour qu’ils ne soient pas réduits en esclavage, les esclavagistes ayant eu des préférences pour les corps non dénaturés.
Les scarifications revêtent également une signification profonde dans le contexte des mythes cosmogoniques. Par exemple, chez les Mossis, un peuple établi au Burkina Faso, les scarifications auraient fait leur apparition dans le nord de l'actuel Ghana. Les scarifications ethniques des Mossis trouvent leurs origines dans les temps anciens de la naissance d'Ouedraogo, le fondateur du royaume. D'après la tradition orale, c'est Rialé, le père d'Ouédraogo, qui aurait initialement marqué son fils de scarifications afin de le distinguer des autres individus. Cette pratique s'est ensuite répandue dans tout le royaume.

Esthétisme et œuvres d'art
Les scarifications remplissent également une fonction esthétique en symbolisant ou en renforçant la beauté d'un individu, en particulier chez les jeunes femmes. L'endurance de la douleur transforme ces femmes en figures exceptionnelles, suscitant l'admiration collective. Les marques sont ainsi valorisées pour leur esthétique, mais c'est aussi le courage de l'individu qui le rend beau.

Un héritage qui se perd face à la modernité
Avec l'avènement des religions abrahamiques, telles que l'islam et le christianisme, ainsi que la colonisation, la pratique de la scarification est en déclin. Les missionnaires chrétiens, notamment, ont fermement interdit cette pratique, prônant le respect de la "création" et donc l'intégrité du corps humain. De même, dans l'islam, certains hadiths tendent à décourager les entailles rituelles. Les autorités coloniales ont également interdit ces pratiques. Aujourd'hui de nombreux parents choisissent de ne plus scarifier leurs enfants, craignant les moqueries et la stigmatisation sociale et professionnelle qui pourraient en découler.
De plus, les opposants à cette pratique soulèvent les risques sanitaires associés à la scarification. Les incisions sont souvent réalisées avec des outils et des matériaux non stérilisés, ce qui augmente les risques de transmission de maladies telles que le VIH, l'hépatite ou le tétanos.
L'évolution des sociétés a largement marginalisé cette tradition, en particulier face aux défis de la modernisation. Cependant, certaines communautés tiennent à préserver cette pratique. Ainsi, malgré sa diminution, certaines minorités s'engagent dans la préservation d'une pratique culturelle menacée.














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